Le thermosiphon est le principe fondamental qui permet de faire circuler un fluide sans aucune aide mécanique. C'est la victoire de la thermodynamique sur la gravité. En comprenant les variations de densité induites par le gradient thermique, nous pouvons maîtriser des systèmes allant du chauffe-eau solaire ancestral à la sécurité critique des installations modernes.
"Le thermosiphon est un fantôme hydraulique. Il peut être votre meilleur allié en solaire thermique, ou votre pire ennemi en provoquant des pertes d'énergie massives sur un ballon d'eau chaude mal isolé."
1. Le Principe Fondamental : Densité et Gravité
Le thermosiphon repose sur une propriété physique simple de l'eau : sa variation de masse volumique en fonction de la température. À mesure qu'un liquide chauffe, ses molécules s'agitent et s'espacent, rendant le fluide moins dense. Ce phénomène est le socle de la convection naturelle.
Sous l'effet de la poussée d'Archimède, l'eau chaude (plus légère) cherche à s'élever, tandis que l'eau froide (plus dense et lourde) descend par gravité. Si ces deux colonnes d'eau sont reliées dans une boucle fermée, un mouvement circulaire s'établit. C'est un moteur thermique sans pièces mobiles.
2. Thermodynamique Appliquée : Pression et Température
La thermodynamique nous enseigne que le travail peut être généré par une différence de température. Dans le cas du thermosiphon, nous sommes en présence d'un cycle thermodynamique rudimentaire. L'eau absorbe de l'enthalpie au niveau d'une source chaude (chaudière, capteur solaire), ce qui modifie son état physique (densité) sans changer de phase.
Cette transformation est réversible. Lorsque le fluide cède sa chaleur à un émetteur (radiateur), sa densité augmente à nouveau, créant la force descendante. Ce cycle continue tant qu'un gradient de température existe entre le haut et le bas de l'installation. C'est l'un des principes les plus purs du génie climatique, souvent utilisé pour valider le COP (Coefficient de Performance) passif d'une installation solaire.
3. Loi de Charles : Expansion Moléculaire et Gaz
La Loi de Charles stipule qu'à pression constante, le volume d'un gaz est directement proportionnel à sa température absolue ($V/T = k$). Bien que le thermosiphon traite principalement de liquides, cette loi s'applique aux micro-bulles d'air dissoutes dans l'eau.
Lors de la chauffe, ces gaz se dilatent, augmentant la flottabilité locale du fluide. Si le réseau est mal purgé, ces bulles peuvent s'accumuler aux points hauts, créant des "bouchons d'air" qui augmentent les pertes de charge et stoppent la circulation naturelle. C'est pourquoi le respect des pentes et l'installation de purgeurs automatiques selon le DTU 65.16 sont cruciaux.
4. Effet Joule : Conversion Électrique et Thermosiphon
L'Effet Joule ($P = R \cdot I^2$) est souvent la source de chaleur initiale dans les ballons d'eau chaude électrique. La résistance électrique convertit l'énergie en chaleur, créant le panache thermique ascendant à l'intérieur de la cuve.
C'est cet effet Joule qui, combiné à une mauvaise isolation des piquages, génère le redoutable "thermosiphon parasite". L'énergie payée pour chauffer l'eau s'échappe par convection naturelle dans les tuyauteries de distribution, même lorsqu'aucun robinet n'est ouvert.
5. La Pression Motrice : L'équation du mouvement
La force qui anime un thermosiphon est appelée la pression motrice ($\Delta P$). Elle est infime comparée à celle d'un circulateur moderne, mais elle suffit si l'installation est bien conçue hydrauliquement. Elle se calcule selon la formule suivante :
• ΔP : Pression motrice (Pa)
• H : Différence de hauteur entre la source chaude et froide (m)
• g : Accélération de la pesanteur (9,81 m/s²)
• ρ : Masse volumique du fluide (kg/m³)
Pour qu'un mouvement s'initie, $\Delta P$ doit être supérieure à la somme des pertes de charge du réseau. C'est pour cette raison que les anciennes installations utilisaient des diamètres de tuyaux massifs (acier 2" ou 3") pour réduire la friction au minimum.
6. Applications : Du chauffage solaire aux réseaux anciens
Aujourd'hui, le thermosiphon n'est plus la norme pour le chauffage central, mais il reste indispensable dans certains domaines spécifiques :
- Le Solaire Thermique : Les chauffe-eau solaires à éléments séparés ou monoblocs fonctionnent souvent sans pompe. Le capteur est placé plus bas que le ballon, permettant un transfert de chaleur 100% autonome.
- La Sécurité sur Chaudière Bois : En cas de coupure de courant, le circulateur s'arrête. Le thermosiphon permet alors d'évacuer l'excès de chaleur vers un ballon tampon, évitant l'ébullition et l'ouverture de la soupape de décharge.
- Pompe à Chaleur (PAC) : Bien que la PAC utilise un compresseur et un fluide frigorigène, la circulation interne dans l'évaporateur ou le condenseur peut être influencée par des courants de convection naturelle lors des phases d'arrêt.
7. Le Thermosiphon Parasite : Gaspillage invisible
En génie climatique moderne, le thermosiphon est souvent un problème de performance. C'est le cas lorsqu'un radiateur reste chaud alors que la pompe est éteinte. Ce flux parasite s'établit dans les tuyauteries verticales non isolées.
Ce phénomène dégrade radicalement l'efficacité saisonnière. Sur un ballon d'eau chaude sanitaire (ECS), le thermosiphon parasite peut vider 30% de l'énergie stockée en une seule nuit si aucune barrière n'est installée.
8. Analyse des Composants : Vannes et Détendeurs
Pour contrôler ou bloquer le thermosiphon, plusieurs composants techniques sont utilisés :
- Clapet Anti-Thermosiphon : C'est un clapet anti-retour à ressort taré. Le ressort exerce une force supérieure à la faible pression motrice naturelle, mais s'efface dès que le circulateur électrique s'allume.
- Lyre Anti-Thermosiphon : Également appelée "col de cygne", c'est une portion de tuyauterie qui descend avant de remonter. Comme l'eau chaude refuse de descendre, la lyre bloque le mouvement naturel.
- Vanne 4 voies : Utilisée pour réguler la température de départ, elle peut parfois, par sa conception, laisser passer des courants de convection si elle n'est pas totalement étanche.
- Détendeur : Dans le circuit frigorifique, le détendeur gère la chute de pression du fluide frigorigène. Un mauvais réglage peut impacter l'équilibre thermique et induire des mouvements de fluides indésirables par convection dans l'échangeur.
9. Diagnostic Étape par Étape : Isoler le Phénomène
Si vous soupçonnez une circulation parasite, voici la procédure d'audit Klymafluid :
- Éteindre la production : Coupez le circulateur et attendez que le réseau refroidisse.
- Toucher les conduites : Si, après une heure, le tuyau de départ au-dessus de la chaudière ou du ballon est toujours brûlant sur plusieurs mètres alors que la pompe est OFF, le thermosiphon est actif.
- Mesurer le Delta T : Utilisez une sonde de contact. Un écart de température stable entre le départ et le retour sans pompe confirme une boucle de convection naturelle.
- Vérification du clapet : Tapotez le clapet anti-retour. S'il vibre ou s'il est chaud des deux côtés, le ressort est sans doute entartré ou bloqué ouvert.
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