Génie Thermique & Réseaux

Multicouche vs PER : Le match technique des réseaux hydrauliques

DifficultéIntermédiaire
Lecture25 mins de lecture
Impact DPEMajeur
NormeDTU 65.16

Dans la plomberie moderne, les tubes de synthèse ont largement remplacé le cuivre. Mais au moment de rénover, une question demeure : faut-il opter pour le PER (Polyéthylène Réticulé) ou pour le Multicouche ? Analyse thermodynamique et technique comparative.

1. Thermodynamique appliquée aux réseaux de synthèse

Le choix d'un tube n'est pas qu'une question de budget, c'est une décision thermodynamique. La conductivité thermique ($\lambda$) des matériaux influe directement sur le maintien en température du fluide caloporteur. Le PER possède un coefficient $\lambda \approx 0.35$ W/m.K, tandis que le Multicouche, grâce à son âme en aluminium, se situe autour de 0.40 W/m.K.

Bien que ces valeurs soient faibles par rapport au cuivre, la structure composite du multicouche permet de conserver l'enthalpie du fluide de manière plus stable. Dans un circuit de chauffage, limiter la perte de calories entre le générateur et l'émetteur est la clé pour optimiser le rendement global du système.

2. Loi de Charles : La problématique de la dilatation

La Loi de Charles ($V = kT$) nous enseigne qu'à pression constante, le volume d'un corps varie avec sa température. Pour les plastiques, cela se traduit par un coefficient de dilatation linéaire élevé. Le PER est le plus sensible : il s'allonge de 0.15 mm par mètre pour chaque degré gagné.

Le Multicouche, grâce à sa couche d'aluminium, bride cette expansion moléculaire. Sa dilatation est 7 fois inférieure à celle du PER, se rapprochant des performances du cuivre. Cela évite les phénomènes de "serpentage" dans les dalles ou les bruits de claquement dans les cloisons lors des montées en température rapide de la chaudière.

La mémoire de forme du PER

Le PER possède une forte "mémoire de forme". S'il est plié, il cherche à reprendre sa forme initiale, exerçant une tension permanente sur les raccords. Le Multicouche, lui, est indéformable après cintrage.

3. Effet Joule : Déperditions et isolation thermique

L'Effet Joule ($P = R \cdot I^2$) symbolise ici la transformation de l'énergie thermique en déperditions inutiles à travers la paroi du tube. Un réseau non isolé dans un vide sanitaire est une hérésie énergétique.

En génie climatique, nous préconisons systématiquement l'utilisation de tubes pré-isolés (calorifugés). Le multicouche se prête mieux à cette isolation car sa stabilité mécanique permet de maintenir l'épaisseur de l'isolant constante, évitant ainsi les ponts thermiques liés à l'écrasement du tube dans les passages étroits.

4. Normes NF et DTU 65.16 : Le cadre légal

Toute installation doit respecter les Normes NF et les Documents Techniques Unifiés. Le DTU 65.16 encadre spécifiquement les installations de pompes à chaleur (PAC). Il stipule que les réseaux doivent supporter des pressions de service de 3 à 6 bars et des températures de pointe à 90°C.

Le Multicouche est classé pour tous les usages (Classe 2, 4 et 5), ce qui le rend apte à la fois pour l'eau chaude sanitaire et les radiateurs haute température. Le PER nécessite l'ajout d'une Barrière Anti-Oxygène (BAO) pour être autorisé en chauffage, afin d'éviter la prolifération de boues qui détruiraient les échangeurs.

5. Analyse technique : Cycle frigorifique et composants PAC

Pour comprendre l'importance des liaisons hydrauliques, il faut analyser le cycle thermodynamique d'une PAC :

Si la liaison entre le condenseur et les émetteurs est réalisée en PER sans BAO, l'oxygène pénètre par perméabilité et oxyde les composants ferreux. Ces boues colmatent l'échangeur, font forcer le compresseur et s'écrouler le COP.

6. Diagnostic étape par étape : Auditer ses circuits

Comment évaluer la santé de vos réseaux ? Suivez notre protocole expert :

  1. Examen visuel : Recherchez les tubes jaunis ou craquelés (signe d'une exposition aux UV ou surchauffe).
  2. Test de dilatation : Observez les fixations. Sont-elles arrachées ? Cela indique un manque de lyres de dilatation sur du PER.
  3. Audit thermique : Utilisez une caméra thermique. Des zones froides sur un tuyau chaud indiquent une accumulation de boues.
  4. Vérification des raccords : Cherchez les traces de "vert-de-gris" ou d'oxydation sur les raccords laiton, signes de micro-fuites ou de couple électrolytique.

7. Tableau Comparatif Technique : PER vs Multicouche

  • Étanchéité Oxygène
  • CritèrePER (Standard)Multicouche
    DilatationTrès élevée (0.15)Faible (0.025)
    ❌ Non (ou BAO)✅ Oui (Aluminium)
    Détectabilité❌ Indétectable✅ Détectable (métal)
    PoseSouple / EncastréRigide / Apparent
    Durée de vie30 ans50 ans +

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