Génie Climatique • Plomberie Sans Flamme

Maîtriser le sertissage multicouche

DifficultéIntermédiaire / Technique
Lecture45 mins de lecture
MatérielSertisseuse Radiale
NormeNF EN ISO 21003

Le sertissage est devenu le standard de l'artisanat moderne. En remplaçant la soudure traditionnelle par une compression mécanique de haute précision, on élimine les risques d'incendie sur chantier tout en garantissant une longévité égale au cuivre. Mais attention : un sertissage réussi ne s'improvise pas. Ce guide technique explore les profondeurs du système multicouche sous l'angle de la physique des fluides et de la thermodynamique.

1. Thermodynamique : Échanges et dilatation thermique

Le comportement d'un réseau multicouche est régi par les principes fondamentaux de la thermodynamique des solides et des fluides. Contrairement au cuivre, le tube multicouche possède un coefficient de dilatation thermique linéaire très faible (environ 0,025 mm/m·K), proche de celui du métal grâce à son âme en aluminium. Cependant, la relation Pression/Température reste le moteur de la contrainte mécanique exercée sur les raccords.

Lorsqu'un fluide circule à 60°C dans un réseau, l'énergie cinétique et thermique sollicite les joints toriques du raccord. Le sertissage crée une liaison froide qui doit absorber ces fluctuations sans rupture de l'étanchéité moléculaire. Un raccordement mal calibré génère des turbulences locales qui dégradent le rendement global de l'installation.

2. Lois de Charles et Joule : Application aux réseaux fluides

La Loi de Charles stipule qu'à pression constante, le volume d'un gaz augmente proportionnellement à sa température. Bien que nous transportions des liquides, la présence de micro-bulles d'air rend cette loi pertinente. Une poche d'air chauffée dans une colonne montante peut exercer une pression locale disproportionnée sur un raccord mal serti.

Quant à l'Loi de Joule ($P = R \cdot I^2$), elle s'applique par analogie à la résistance hydraulique. Un raccord multicouche mal ébavuré réduit le diamètre intérieur, augmentant la "résistance" au passage du fluide. Cette perte de charge forcée dissipe de l'énergie thermique inutilement et sollicite davantage le circulateur, dégradant le COP (Coefficient de Performance) global du système de chauffage ou de climatisation.

3. Analyse des matériaux : Structure et barrière anti-oxygène

Le tube multicouche est un composite de haute technologie : PE-RT (polyéthylène résistant à la température), adhésif, et une âme centrale en aluminium. Cette couche métallique ne sert pas qu'à la rigidité ; elle constitue une barrière anti-oxygène (BAO) absolue.

Cette barrière est critique pour protéger les composants ferreux du circuit. Sans elle, l'oxygène migrerait à travers les parois plastiques, provoquant la formation de boues (magnétite) qui finiraient par boucher l'évaporateur ou endommager les clapets de la vanne 4 voies d'une pompe à chaleur.

4. Diagnostic et Protocole de sertissage pas-à-pas

Le diagnostic préalable consiste à vérifier l'adéquation du tube avec le profil de mâchoire (TH, U, H, etc.). Voici le protocole Klymafluid :

  1. La Coupe : Doit être parfaitement perpendiculaire. Une coupe biaise empêche le tube de reposer sur la butée du raccord.
  2. Le Calibrage : C'est l'étape reine. Le calibreur redonne sa circularité au tube et chanfreine l'intérieur pour ne pas cisailler les joints toriques lors de l'insertion.
  3. L'Insertion : Pousser jusqu'à voir le blanc du tube dans les fenêtres de contrôle de la douille inox.
  4. Le Sertissage : Placer la mâchoire bien à plat. Le cycle doit être complet (déclic de la pince).

5. Impact sur les composants : Vannes, Détendeur et Compresseur

Un réseau multicouche alimente souvent des organes complexes comme un compresseur ou un détendeur dans le cas de chauffe-eau thermodynamiques ou de PAC. Si des copeaux de plastique issus d'un mauvais ébavurage migrent dans le réseau, ils peuvent se loger dans le filtre du détendeur, provoquant une chute de la pression d'évaporation.

De même, une installation sous-dimensionnée ou présentant trop de raccords coudés mal sertis augmente la sollicitation du fluide frigorigène (via l'échangeur à plaques). Une circulation fluide et sans turbulences est la garantie d'un cycle thermodynamique stable et d'un COP optimal sur le long terme.

6. Normes NF et vérification d'étanchéité (DTU 65.16)

Le respect du DTU 65.16 impose des épreuves de pression rigoureuses. Avant mise en service, le réseau doit être testé à 1,5 fois la pression de service (souvent 10 bars pour un circuit domestique).

L'utilisation d'une pompe d'épreuve permet de valider la tenue mécanique des sertissages. Contrairement au cuivre où une fuite est souvent flagrante, un sertissage mal fait peut tenir plusieurs mois avant de céder sous l'effet des dilatations répétées.

Une question technique de plomberie ?

Klymafluid est actuellement une plateforme dédiée au partage de connaissances. **Nos services d'intervention technique et de pose ouvriront officiellement dans quelques mois.**

D'ici là, vous avez une question sur le fonctionnement d'un compresseur ou sur votre futur projet ? Nos experts vous répondent par écrit pour vous aider à comprendre vos préocupations.

Poser une question à l'expert

Les informations publiées sont données à titre informatif. Toute mise en œuvre doit être réalisée par un professionnel qualifié